samedi 24 mars 2018

Au détour du Caucase, conversation avec un cheval - Clara Arnaud


Un voyage comme une parenthèse au cœur du Caucase, loin des tournées touristiques, au plus près de la nature et des rencontres, avec un cheval comme porteur et compagnon…
Un livre dans lequel on pénètre lentement au rythme de la marche qu’il faut, apprivoiser pour la rendre naturelle. Au rythme aussi du cheval, compagnon solidaire, parfois capricieux et toujours attentif aux embûches du chemin.
Il y a de belles rencontres, de magnifiques paysages, des moments rudes et des pauses de plénitude.
Un regret, la pauvreté des rares cartes géographiques qui permettent de suivre le parcours suivi.
Je l’ai lu aussi comme une parenthèse qui m’a parfois, surtout dans la première partie, laissée sur ma faim. 


Annick 

Bakhita - Véronique Olmi


Roman biographique d’une femme exceptionnelle qui fut enlevée, dans son village du Darfour, à l’âge de sept ans et qui malgré toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage, a vécu 78 ans, jusqu’en 1947, et fut canonisée en 2000 par Jean-Paul II.
Elle ne sait plus comment elle s’appelle, mais se souviendra toute sa vie de ses premières années dans son village, de la figure et de la tendresse de sa mère, de l’amour de son père et de sa nombreuse fratrie, principalement de sa sœur, Kishmet, kidnappée avant elle, et de sa sœur jumelle qu’elle ne reverra plus jamais. La force inculquée par sa mère gravée en elle, elle se tiendra « debout » dans toutes les situations aussi difficiles soient-elles à vivre. Rien ne lui sera épargné.
Elle sera sauvée de l’esclavage par l’intermédiaire du consul d’Italie qui la ramènera avec lui en Italie où, après une vie de domestique, dans un couvent, elle sera baptisée, entrera dans les ordres et n’aura de cesse de s’occuper et de consoler des enfants orphelins en détresse, dans le climat pesant des deux guerres mondiales et du fascisme.
Le style de Véronique Olmi contribue à rendre le roman magnifique et bouleversant. Ecrit avec sensibilité, délicatesse et beaucoup de tendresse, il ne peut laisser indifférent. A lire, absolument.

Annick 

lundi 26 février 2018

Règne animal - Jean-Baptiste Del Amo


Résumer ce roman ? Pour le faire correctement, il faut le digérer, et s’en dégager calmement, s’éloigner des personnages, de leurs difficultés à élever leurs enfants sur une terre ingrate (l’histoire débute en 1898),  où dès le plus jeune âge, on aide, on trime, sans avoir en retour le sourire de sa mère ou une marque de tendresse. Celle-ci ne trouve réconfort que dans la religion qu’elle interprète à sa façon, très dure – même envers elle – et entraîne sa fillette dans ses délires fous. Le père ? Il se tait, a pris l’habitude de laisser sa femme régner en maître. Il est le seul soutien muet mais aimant  de leur fille. Tous trois s’occupent de l’élevage de quelques porcs, verrats, truies et porcelets, où « Règne animal » prend tout son sens dès les premières pages et vous gifle de façon magistrale jusqu’à la nausée. 
Il faut poursuivre cette lecture, âpre, difficile, déstabilisante. Petit à petit, on arrive à notre époque, où l’ambiance ne change guère. La puissance de l’écriture est constante  présente dans tous les chapitres, jusqu’à la fin…
J’ai pu lire ce roman – roman-documentaire, roman-plaidoyer en faveur du respect des animaux de leur naissance à l’abattoir – grâce à la force de son écriture, jamais vulgaire. « Règne animal » ? Oui l’humain est ici l’animal le plus contestable, « La Bête » la plus féroce,  parce qu’en cette fin de 20e siècle (1981)  seuls rendement et profit l’animent. C’est en même temps une étude de caractères, où la fin du roman laisse entrevoir malgré tout une douloureuse prise de conscience tardive où « La Bête » n’est pas celle que l’on attendait. A lire... jusqu’à la fin ! 
Jacqueline

samedi 17 février 2018

L'ordre du jour- Eric Vuillard

Prix Goncourt 2017
Dans ce livre, l’auteur revient sur les prémices de l’horreur de la guerre de 1939 - 45 : le rôle de vingt-quatre industriels allemands dans les agissements nazis (financement de la campagne du parti nazi  pour les législatives) en février 1943. Il fait partager les discussions de salon et certains ratés de l’armée lors de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne (Anschluss)
C’est une évocation magistrale, grinçante et par moment ironique des coulisses de l’Anschluss, de sa brièveté, de la passivité des autres nations. Le tragique et le grotesque se mêlent dans ce récit
L’écriture est concise, érudite et agréable avec un récit bien documenté et captivant, court (150 pages) qui se lit très rapidement
J’ aime les récits sur fond historique et donc cela m’a beaucoup plu en relatant des événements que j’avais un peu mis de côté dans ma mémoire. 
Odile

L'art de perdre- Alice Zeniter

Prix Goncourt des Lycéens 2017
L’auteur petite-fille de Harkis relate le parcours de trois générations d’une famille kabyle dont le destin s’inscrit entre l’Algérie et la France depuis le début de la guerre d’indépendance jusqu’à aujourd’hui.
Ce pays dont est originaire sa famille n’a été longtemps pour Naima une toile de fond sans intérêt. Son grand-père est mort avant qu’elle ait pu lui demander pourquoi l’histoire avait fait de lui un harki. Yema, sa grand-mère, ne parle pas le français. Quant à Hamid, son père, arrivé avec ses parents en France à l’été 1962 dans des camps de transit, il ne veut plus parler de l’Algérie de son enfance. Mais pour son travail, elle doit se rendre dans son pays d’origine 
C’est une enquête en filiation dans les non-dits de la guerre d’Algérie,  une réflexion sur la liberté d’être soi au-delà du poids de l’héritage familial, sur les séquelles de la colonisation……
C’est une histoire bien documentée et touchante et pour moi cela a été un bon moment de lecture.
Odile

mercredi 7 février 2018

L’amie prodigieuse – Elena Ferrante


J’ai enchainé avec passion les différents tomes  de la saga relatant la vie des deux héroïnes, Elena Greco et Raffaella Cerullo, toutes deux nées dans le même quartier défavorisé de Naples à la fin des années 40.  Je suis tombée sous le charme de cette histoire que la narratrice a su rendre passionnante. Elena et Raffaella passent de l’enfance à l’adolescence et à l’âge adulte pendant que le quartier, la ville changent eux aussi. Elena suivra des études envers et contre tout, quittera Naples pour y revenir par la suite, Raffaella n’a pas cette chance malgré des dons certains.
Symboles de la condition féminine, on suit leur destin à toutes deux, leur émancipation, leur goût pour la liberté dans une société méridionale qui a du mal à évoluer  et une Italie qui connaît les bouleversements sociétaux provoqués par l’année 68 et par la suite les années de plomb. Qui est l’amie prodigieuse ? Elena ? Raffaella ? L’une et l’autre ? Cette ville de Naples où chacune des héroïnes est liée malgré elle ?
Un vrai coup de cœur !
Lily

mercredi 24 janvier 2018

Underground Railroad - Colson Whitehead


L e roman de Colson Whitehead a pour cadre les Etats- Unis du 19ème siècle avant la guerre de Sécession.  Cora, 16 ans, est la troisième de sa génération à connaître la condition d’esclave dans une plantation de coton en Géorgie. Sa grand-mère Ajarry, originaire du Dahomey, enlevée par des razzieurs avait été vendue plusieurs fois avant d’arriver dans la plantation Randall. Cora accepte la proposition de Caesar, un jeune esclave de s’enfuir avec lui. Ils suivent alors tous deux l’underground railway, réseau d’entraide organisé par les anti-esclavagistes,  imagé par l’auteur dans le roman comme un véritable chemin de fer souterrain. Alors qu’ils sont poursuivis sans relâche par un chasseur d’esclaves impitoyable,  ils tentent de gagner tous deux les états libres du nord. Le récit  haletant, poignant, parfois terrible est aussi une réflexion sur l’histoire des Etats-Unis d’hier et d'aujourd’hui qui s’est édifiée autour de l’esclavage.
Lily