samedi 22 avril 2017

Bris de vers, Les émeutiers du XXème siècle - Anthologie de Christian Poslianec, Bruno Doucet et particiation de Réjane Niogret

« Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire »  Les auteurs de cette anthologie vont en écho avec ce vers d’Apollinaire faire éclater la poésie traditionnelle ; des poètes vont s’insurger, pour protester et par l’absurde, contre la monstruosité de la première guerre mondiale et bouleverser la poésie. Le Dadaïsme avec Tzara, le Surréalisme avec Breton, et milieu du XXe l’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle) avec Raymond Queneau, Georges Perec vont réussir dans cette tourmente à imposer une nouvelle façon d’écrire dépassant les anciens codes.  
Nous allons traverser, de façon chronologique toutes les guerres dans le monde du XXe siècle, avec leurs poètes, leurs révoltes jetées avec force et conviction sur le papier. Que d’auteurs nouveaux nous allons découvrir, que nous devrons « approfondir » pour en saisir toute la pensée. Certains textes me laissent perplexe… comme des tableaux de peintres pourtant reconnus et qui ont eux aussi contribué à cette mouvance du renouveau artistique ! 
Ces poèmes, grâce à la présentation chronologique de l’ouvrage, l’explication en tête de chaque chapitre du choix des auteurs, sont les témoins en vers de ces sombres périodes.  Le XXIe siècle n’échappera pas à d’autres bris de vers. Bruno Doucey termine ainsi sa préface : « Un siècle dont les véritables émeutiers sont les poètes parce qu’ils transforment la pensée. »  
La poésie, ça se déguste comme une gourmandise, il faut prendre son temps pour l’apprécier comme elle le mérite. Il serait étonnant qu’une « pépite » dans cet ouvrage ne vous surprenne pas agréablement. 
Jacqueline     

Je veux croire au soleil - Jacques Semelin

Jacques Semelin est Directeur de recherche au CNRS et enseigne depuis 1999 à Sciences Po où il a créé un cours sur les génocides et violences extrêmes. C’est à se titre qu’il a été invité en 2014 à donner des cours à l’Université de Montréal. Il nous propose, à travers son récit, un voyage dans la tête et le corps d’un non-voyant. Chacun des sens est sollicité, ouïe, odorat, toucher, pour pouvoir vivre au quotidien dans un environnement inconnu… Jacques Semelin est devenu lentement aveugle à partir de l’âge de 16 ans…
Son envie de vivre de son métier, qui le passionne, l’aide à dépasser ce lourd handicap et à aller de l’avant malgré les nombreux obstacles physiques et psychologiques.
De plus, nous entrons avec lui et avec intérêt, dans le système universitaire canadien, bien différent du nôtre.
L’intérêt du livre est dans l’expérience forte et personnelle que l’auteur nous fait vivre avec lui, plus que dans la qualité ordinaire de l’écriture.
Annick

La sonate à Bridgetower - Emmanuel Dongala

Au début de l’année 1789 débarquent à Paris le jeune violoniste prodige, George Bridgetower, neuf ans, et son père, un noir de la Barbade qui se fait passer pour un Prince d’Abyssinie et qui, sur les traces du père de Mozart, voudrait trouver fortune et gloire grâce à son fils qu’il tient fermement sous sa coupe. Ils arrivent d’Autriche où George a été l’élève de Haydn… Mais chassé par la révolution française, père et fils vont partir en Angleterre. Après bien des aléas, George va s’affranchir de la lourde tutelle de son père en se mettant sous la protection du Prince de Galles. Son père sera chassé du pays pour trouble à l’ordre publique en luttant, à sa manière, contre racisme et esclavagisme.
George finira par revenir en Autriche pour y retrouver sa mère et son frère et faire la rencontre de Beethoven avec lequel il liera une amitié mouvementée…
J’ai apprécié ce roman très documenté historiquement, socialement et musicalement dont la simplicité de l’écriture et le rythme de la narration maintiennent l’intérêt de bout en bout.
Annick 

Les vieux ne pleurent jamais - Céline Curiol

À 70 ans Judith, veuve d’Herb, depuis un an, vit à New York la maison voisine de Janet, fantaisiste et décomplexée, qui fera tout pour la distraire malgré elle. Judith est française et une photo laissée par Herb dans un livre réveille en elle tout son passé et son enfance avec lesquels elle se demande si elle doit renouer ou continuer à les ignorer comme elle l’a fait jusqu’ici…
Ce livre, très narratif, constitué principalement du monologue de Janet qui retisse son passé et nous fait part de toutes ses réflexions et impressions, nous parle sans concession de la vieillesse qui s’installe et s’impose progressivement, des relations mère et fille et du poids de l’amitié, à travers un voyage organisé, puis un retour temporaire et impromptu en France…
J’ai apprécié le style de l’auteur, ainsi que la volonté de cette femme, poussée par sa voisine, de ne pas se laisser tomber dans la dépendance en acceptant lucidement les réalités de son âge.


Annick 

vendredi 21 avril 2017

Enfants de l'exil, de l'île de la Réunion à la Creuse - Ahmed Kalouaz


En 1963, la Creuse avait un déficit de population ! Aussi, Michel Debré, alors député de l’île de la Réunion, fut chargé d’y remédier ;  il mit en place un programme de repeuplement de ce département et de quelques autres. A la Réunion, les familles très modestes peinaient à élever correctement leurs enfants, et contre signature ou pouce apposé au bas d’une feuille, de nombreux petits Réunionnais furent enlevés aux familles. 
Pour convaincre les parents récalcitrants, les promesses de bonnes études en métropole garantissaient à ces jeunes un retour au pays avec des professions d’avo­cats, de médecins… Et comme ces familles avaient peu de ressources, c’était tentant… 
C’est ainsi que des centaines de jeunes Cafres (les Noirs, descendants d’esclaves), Malbars (d’origine indienne), les Zoreils, (les Blancs), arrivèrent en Creuse sans comprendre ce déracinement.
C’est ce que raconte le roman d’Ahmed Kalouaz, par l’intermédiaire de son personnage, Louis, Réunionnais noir de peau, que « la camionnette bleue » a fini par « capturer » en 1964.  Devenu adulte sans jamais pouvoir repartir dans son pays, il fait de petits boulots pour arrondir sa retraite. Jardinier chez les parents d’Adèle, âgée de dix ans, il lui raconte sa drôle de vie, pas gaie, sur fonds de racisme et de coups. Une grande complicité va les unir. 
Quand on ouvre ce livre, on oublie tout, à notre tour « capturés » non par la ca­mionnette bleue, mais par ces pages de l’Histoire de France, méconnues et…  capti-vantes.


Jacqueline
 




mercredi 29 mars 2017

Treize façons de voir - Colum Mc Cann


L’auteur, est un écrivain irlandais, longtemps journaliste avant de publier son premier roman en 1995. Il habite aujourd’hui à New York  où il enseigne l’écriture créative.
De ce recueil, le romancier irlando-américain dit qu'il est le plus personnel, et même le plus autobiographique de ses livres.
Il s’agit de cinq nouvelles poignantes, dont le récit de l'agression mortelle d'un vieux magistrat relisant sa vie et s’interrogeant sur son parcours et sur les affres de la vieillesse, filmée par des caméras que les policiers vont visionner sans relâche pour rechercher l’auteur du crime. Ce premier récit peut être considéré comme un véritable roman policier.
Chacune des autres nouvelles plus courtes, comme la première, baignent dans un climat balançant entre analyse psychologique et angoisse.
L’écriture très stylisée, hachée avec des phrases courtes et de nombreux flash back m’a d’abord un peu désorientée mais prise entre l’envie de comprendre ce style d’écriture et de savoir ce que devenait les personnages je suis allée jusqu’au bout.


Annick 

La grande course - Nicolas Vanier


Dans l’enfer de la Yukon Quest, 26 participants, 12 jours, 1600km avec ses chiens par -50°c
Une magnifique aventure partagée avec ses chiens 14 au départ, 8 à l’arrivée, dans un décor grandiose du grand nord canadien et américain, et, la consécration en entrant dans le cercle très fermé des plus grands « mushers » du monde.
Du suspens, de l’émotion, du courage, de l’épuisement, une connivence et une confiance indéfectibles entre mushers et chiens.
Un livre qui dépayse et se lit presque d’une traite malgré les 1600km, pendant lesquels on a froid, chaud, on est inquiet, tour à tour emballé puis déprimé avec l’auteur, dans une nature à couper le souffle.
Récit passionnant écrit par un passionné.
Annick