jeudi 11 mai 2017

L'insouciance - Karine Tuil

 Ce sont 4 personnages en quête d’un destin.
 Romain, soldat meurtri de retour d’Afghanistan tombe amoureux de Marion jeune journaliste mariée à un riche entrepreneur François Vely (en réalité Levy). Piégé par un scandale politico-médiatique ce dernier sera soutenu et défendu par ami d’enfance de Romain, Osman conseiller à l’Elysée mais écarté depuis peu et ancien animateur social de banlieue.
Ce roman, comme "L'invention de nos vies", un autre roman de Karine Tuil, joue sur les mêmes thèmes bien ancrés dans notre 21è siècle : les origines, l’identité, la discrimination, l’intégration, la montée de l’antisémitisme, l’islam radical, les réseaux sociaux………
J’avais  beaucoup aimé le roman évoqué en parallèle, livre plein de rebondissement, toujours sur le point de bascule, avec une bonne construction du récit et une intrigue bien menée. Un récit juste et percutant.
Petite remarque : l’auteur utilise un nouveau style d’écriture le slash pour qualifier/nommer/préciser au mieux le ressenti du personnage  c’est-à dire qu’elle utilise 3 synonymes verbes ou noms  et c’est parfois un peu « lassant »
J’ai moins aimé "L'insouciance" qui est plus dense avec des longueurs, des poncifs et des clichés plus convenus. 
Odile

Les vies de papier - Rabih Alameddine

Prix Femina étranger en 2016.
Rabih Alameddine est peintre et romancier. Né à Amman en Jordanie de parents libanais, il vit en partie à San Francisco, en partie à Beyrouth.

« Je me suis depuis longtemps abandonnée au plaisir aveugle de l’écrit. La littérature est mon bac à sable. J’y joue, j’y construis mes forts et mes châteaux, j’y passe un temps merveilleux. C’est le monde à l’extérieur de mon bac à sable qui me pose problème. Je me suis adaptée avec docilité, quoique de manière non conventionnelle, au monde visible, afin de pouvoir me retirer sans grands désagréments dans mon monde intérieur de livres. Pour filer cette métaphore sableuse, si la littérature est mon bac à sable, alors le monde réel est mon sablier. Un sablier qui s’écoule grain par grain. La littérature m’apporte la vie, et la vie me tue… »
Cet extrait du roman reflète sa tonalité. Aalya, 72 ans vit à Beyrouth dans un vieil immeuble délabré dans un univers de femmes qui, bien que chacune chez elle dans son appartement, forment une originale communauté de vie… Chaque année Aalya, le 1er janvier commence à traduire en arabe l’une des œuvres de ses romanciers préférés… Mélangeant « vies de papier » avec ses souvenirs personnelles Aalya nous entraine sans transitions de la vie à Beyrouth à la littérature ou à la musique en passant par sa vie familiale, l’évocation de sa meilleure amie Hannah, la guerre  et ses relations douloureuses avec sa mère. Tout cela dans un flot de réflexions qui se mêlent et s’entrecroisent…
Un livre étonnant, plein d’érudition jalonné de citations toujours très pertinentes… Ayant lu le livre avec de nombreuses interruptions, j’ai  parfois un peu perdu le fil, mais l’ai lu jusqu’au bout avec curiosité et intérêt. 
Annick 

mardi 2 mai 2017

L'invention de nos vies - Karin Tuil

L’invention de nos vies narre l’histoire de 3 amis d’enfance, d’un triangle amoureux entre étudiants en droit.
 Le brillant Samir aime Nadia qui choisit finalement par pitié Samuel l’écrivain raté. Il quitte tout : leur cité pourrie, sa famille miséreuse (une mère femme de ménage, un demi-frère en échec.) et réinvente sa vie aux Etats-Unis  avec une imposture. Il se fabrique une autre identité en empruntant les origines juives de Samuel, devient Sam Tahar brillant avocat, épouse une juive de renom Ruth et devient riche et célèbre. A mi-vie leurs chemins se croisent à nouveau et c’est l’explosion
Odile

samedi 22 avril 2017

Bris de vers, Les émeutiers du XXème siècle - Anthologie de Christian Poslianec, Bruno Doucet et particiation de Réjane Niogret

« Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire »  Les auteurs de cette anthologie vont en écho avec ce vers d’Apollinaire faire éclater la poésie traditionnelle ; des poètes vont s’insurger, pour protester et par l’absurde, contre la monstruosité de la première guerre mondiale et bouleverser la poésie. Le Dadaïsme avec Tzara, le Surréalisme avec Breton, et milieu du XXe l’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle) avec Raymond Queneau, Georges Perec vont réussir dans cette tourmente à imposer une nouvelle façon d’écrire dépassant les anciens codes.  
Nous allons traverser, de façon chronologique toutes les guerres dans le monde du XXe siècle, avec leurs poètes, leurs révoltes jetées avec force et conviction sur le papier. Que d’auteurs nouveaux nous allons découvrir, que nous devrons « approfondir » pour en saisir toute la pensée. Certains textes me laissent perplexe… comme des tableaux de peintres pourtant reconnus et qui ont eux aussi contribué à cette mouvance du renouveau artistique ! 
Ces poèmes, grâce à la présentation chronologique de l’ouvrage, l’explication en tête de chaque chapitre du choix des auteurs, sont les témoins en vers de ces sombres périodes.  Le XXIe siècle n’échappera pas à d’autres bris de vers. Bruno Doucey termine ainsi sa préface : « Un siècle dont les véritables émeutiers sont les poètes parce qu’ils transforment la pensée. »  
La poésie, ça se déguste comme une gourmandise, il faut prendre son temps pour l’apprécier comme elle le mérite. Il serait étonnant qu’une « pépite » dans cet ouvrage ne vous surprenne pas agréablement. 
Jacqueline     

Je veux croire au soleil - Jacques Semelin

Jacques Semelin est Directeur de recherche au CNRS et enseigne depuis 1999 à Sciences Po où il a créé un cours sur les génocides et violences extrêmes. C’est à se titre qu’il a été invité en 2014 à donner des cours à l’Université de Montréal. Il nous propose, à travers son récit, un voyage dans la tête et le corps d’un non-voyant. Chacun des sens est sollicité, ouïe, odorat, toucher, pour pouvoir vivre au quotidien dans un environnement inconnu… Jacques Semelin est devenu lentement aveugle à partir de l’âge de 16 ans…
Son envie de vivre de son métier, qui le passionne, l’aide à dépasser ce lourd handicap et à aller de l’avant malgré les nombreux obstacles physiques et psychologiques.
De plus, nous entrons avec lui et avec intérêt, dans le système universitaire canadien, bien différent du nôtre.
L’intérêt du livre est dans l’expérience forte et personnelle que l’auteur nous fait vivre avec lui, plus que dans la qualité ordinaire de l’écriture.
Annick

La sonate à Bridgetower - Emmanuel Dongala

Au début de l’année 1789 débarquent à Paris le jeune violoniste prodige, George Bridgetower, neuf ans, et son père, un noir de la Barbade qui se fait passer pour un Prince d’Abyssinie et qui, sur les traces du père de Mozart, voudrait trouver fortune et gloire grâce à son fils qu’il tient fermement sous sa coupe. Ils arrivent d’Autriche où George a été l’élève de Haydn… Mais chassé par la révolution française, père et fils vont partir en Angleterre. Après bien des aléas, George va s’affranchir de la lourde tutelle de son père en se mettant sous la protection du Prince de Galles. Son père sera chassé du pays pour trouble à l’ordre publique en luttant, à sa manière, contre racisme et esclavagisme.
George finira par revenir en Autriche pour y retrouver sa mère et son frère et faire la rencontre de Beethoven avec lequel il liera une amitié mouvementée…
J’ai apprécié ce roman très documenté historiquement, socialement et musicalement dont la simplicité de l’écriture et le rythme de la narration maintiennent l’intérêt de bout en bout.
Annick 

Les vieux ne pleurent jamais - Céline Curiol

À 70 ans Judith, veuve d’Herb, depuis un an, vit à New York la maison voisine de Janet, fantaisiste et décomplexée, qui fera tout pour la distraire malgré elle. Judith est française et une photo laissée par Herb dans un livre réveille en elle tout son passé et son enfance avec lesquels elle se demande si elle doit renouer ou continuer à les ignorer comme elle l’a fait jusqu’ici…
Ce livre, très narratif, constitué principalement du monologue de Janet qui retisse son passé et nous fait part de toutes ses réflexions et impressions, nous parle sans concession de la vieillesse qui s’installe et s’impose progressivement, des relations mère et fille et du poids de l’amitié, à travers un voyage organisé, puis un retour temporaire et impromptu en France…
J’ai apprécié le style de l’auteur, ainsi que la volonté de cette femme, poussée par sa voisine, de ne pas se laisser tomber dans la dépendance en acceptant lucidement les réalités de son âge.


Annick